Jean-Marie Thomas est né le 21 mai 1788 à Le Palais en Belle-Ile-en-mer, fils de François Thomas et Barbe Rio. Il était laboureur.
Lors de l’appel de sa classe en mai 1807, il avait été demandé à Belle-Ile 5 conscrits, il tira le numéro 13. Le sénatus-consulte du 10 septembre 1808 provoqua l’appel de 5 nouveaux concrits de 1808, ce qui amena cette fois son départ. Il fut affecté au deuxième bataillon de sapeurs à Metz; 14 morbihannais étaient affectés à ce corps.
Le contrôle départ-arrivée décrit Jean-Marie Thomas de cette façon: taille, 1 mètre 685, cheveux et sourcils châtains, front bas, yeux roux, nez petit, bouche grande, menton long, visage ovale, teint coloré.
Avec lui avait également été affecté au deuxième sapeurs un de ses camarades de Belle-Ile, Charles-Marie Guellec. Ils partirent de Vannes pour Metz le mardi 26 octobre 1808, accompagnés par un caporal. lls arrivérent le 24 novembre; il y avait eu 2 déserteurs en cours de route.
Il ne tarda pas à écrire à sa mère qui lui répondit aussitôt. Il répondit par ce courrier:
Metz, le 12 janvier 1809
Ma chère mère,
J’ai reçu votre lettre datée de 9 décembre qui m’annonce que vous êtes en bonne santé. Je suis infiniment sensible que mes frères et soeurs, oncles et tantes et cousins et tous mes amis s’informent de ma santé, quant à moi je me porte très bien et je désire que la présente vous trouve en bonne santé. Je vous souhaite une bonne santé ainsi qu’à toute la famille et à tous mes parents. Je vous prie de m’envoyer des nouvelles de Jean François Thomas, je désire en avoir de bonnes nouvelles. Nous faisons une fois l’exercice dans le jour, nous sommes une fois par mois de garde et nous avons une bonne capote et n’avons qu’un sabre. On nous retire un sou pour apprendre à tirer des armes, que nous ne prenions pas de leçons on nous retient toujours le sou. Charles Guellec, nous sommes toujours dans la même compagnie, nous comptons partir pour la fin de l’hiver, nous irons rejoindre, je crois, la compagnie. Je crois qu’il va venir 400 hommes ici et ce va bien sûr nous faire partir, s’il y en a quelques uns de chez nous ils pourront bien venir ici. Je ne peux pas vous dire le nom du capitaine car il n’est pas ici.
Je vous fait bien des compliments et suis en attendant la vôtre votre respectueux fils,
M.Thomas
Jean-Marie Thomas
2ème bataillon, 6ème compagnie de sapeurs
au dépôt à Metz, quartier Basset.
Adressé « A Madame veuve Thomas à Port-Salio
commune du Palais
à Port-Salio ».
Les sapeurs étaient chargés d’ouvrir ou de rétablir les voies de communications, de creuser des tranchées, d’élever des fortifications ou de détruire celles de l’ennemi. C’est-à-dire que plus que le fusil, ils maniaient la hache, la pelle et la pioche, travail non sans risque lorsqu’il fallait agir à portée de l’ennemi, ce qui étaient fréquemment, le cas.
Un bataillon de sapeurs comptait 9 compagnies, forte chacune, en principe, de 4 officiers et 154 hommes. En 1809, les compagnies du deuxième bataillon étaient réparties entre l’Allemagne et l’Espagne où les sapeurs avaient fort à faire lors des nombreux sièges des places fortes espagnoles.
C’est pour l’Allemagne que partit Jean-Marie Thomas et comme il le dit, à la fin de l’hiver, probablement vers le mois de mars pour participer à la campagne contre l’Autriche qui commença au mois d’avril.
Il passa sans dommage à travers les périls de cette campagne qui comme on le sait se termina par la défaite des Autrichiens et la signature de la paix au mois d’octobre.
C’est alors que les hostilités étaient terminées que Jean-Marie Thomas tomba malade et fut contraint d’entrer à l’hôpital de Vienne. Il y décéda le 4 novembre 1809.
Quant à Charles Guellec, qu’il cite dans sa lettre, il mourut en Espagne au mois de Décembre 1810.
L’administration de l’hôpital de Vienne fit parvenir un bulletin de décès à la préfecture du Morbihan et par l’intermédiaire du conseil d’administration du deuxième sapeurs l’acte de décès à la mairie du Palais. Les délais administratifs firent que la mairie ne reçut l’information qu’un an plus tard.
« Du 26 novembre mille huit cent dix, à 10 heures du matin, nous Jean François Marie Lamy, adjoint à la Mairie, Officier d’Etat-civil de la commune du Palais en Belle-Ile-en-mer, par délégation du Maire en vertu de l’article 80 du code Napoléon, avons transcrit l’acte de décès ci-après qui nous est parvenu ce jour et dont la teneur suit.
Commune de Vienne
Hôpital de Rennweg n°2
Du registre du dit hôpital a été extrait ce qui suit:
Le nommé Jean-Marie Thomas sapeur au deuxième bataillon, sixième compagnie, natif de Palais, canton de Belle-Ile-en-mer, département du Morbihan, est entré au dit hôpital le deux du mois de novembre 1809 et y est décédé le quatre du même mois par suite de fièvre.
Je, soussigné, Directeur du dit hôpital certifie le présent extrait véritable et conforme au registre des décès du dit hôpital.
Fait à Vienne le quatre du mois de novembre 1809, signé Dantau.
Nous, Commissaire des guerres chargé de la Police de l’hôpital de Rennweg n°2 certifions que la signature ci-dessus est celle de Monsieur Dantau, Directeur et que foi doit y être ajoutée.
Fait à Vienne le quatre novembre 1809
Pour copie conforme,
Les membres du Conseil d’administration, du deuxième bataillon de sapeurs,
Signé Luson, Clément, Guillaumnier, Chef de Bataillon Berlandui.
Vu par nous, Inspecteur aux revues
Signé Doniahr.
Pour transcription conforme, l’ officier d’Etat civil par délégation du Maire,
Lamy »
L’on peut donc considérer que la famille en fut informée.
A la fin 1812 après la désastreuse campagne de Russie et en prévision des prochaines offensives de l’ennemi, l’Empereur voulant créer un élan national eut l’idée de faire appel à des volontaires pour entrer dans la cavalerie dont les chevaux et l’équipement seraient offerts par les villes et les cantons de l’Empire. Paris offrit 500 cavaliers montés et équipés, Nantes 50, Rennes 25, Vannes 5, l’ensemble du Morbihan étant sollicité d’offrir quelques 114 cavaliers et leurs montures.
Le frère de Jean-Marie Thomas, Noël, fut l’un des volontaires du canton de Belle-Ile. Affecté en mai 1813 au vingt deuxième régiment de chasseurs à cheval dans l’un des escradons qui combattait en Espagne, il fut blessé et mourut à l’hôpital de Pau le 14 janvier 1814.
Le troisième fils, Yves-Marie, conscrit de 1815, fut appelé lors de la levée sur cette classe en janvier 1814. Ayant eu déjà deux frères appelés au service, il fit la demande ainsi que le permettait la loi, d’être placé à la fin du dépôt, c’est-à-dire de n’être mobilisé, si cela devait se produire, que parmi les derniers de sa classe.
A cette fin il demanda au maire du Palais de lui établir le certificat attestant sa situation. L’obtention de ce document nécessitait des justificatifs: une attestation soit de présence ou de décès sous les drapeaux, soit de congé de réforme, pour le ou les frères concernés et une attestation de trois pères de famille de la commune ayant leurs fils en activité de service certifiant que le réclamant était véritablement frère du ou des militaires au nom desquels il faisait sa demande.
Le maire délivrait alors le certificat, sous sa responsabilité, après avoir fait toutes vérifications jugées nécessaires.
Yves-Marie Thomas obtint l’attestation des trois pères de famille, le certificat de présence de Noël au vingt-deuxième chasseurs, mais pour Jean-Marie ne fournit pour justificatif que la lettre de celui-ci en date du 12 janvier 1809.
En conséquence de quoi le maire délivra le certificat le 27 février 1814, sans préciser que Jean-Marie était décédé en activité de service quatre ans plus tôt. Cela ne manque pas de surprendre puisque l’acte de décès avait été reçu par la mairie du Palais et transcrit par l’officier de l’état civil Jean François Lamy, celui-là même devenu maire de la commune en 1814!
Yves-Marie Thomas échappa ainsi au risque de finir ses jours sur un champ de bataille ou comme ses frères Jean-Marie et Noël dans quelque hôpital militaire. Sa famille avait été suffisamment éprouvée en perdant deux fils, ce qui ne fut d’ailleurs nullement exceptionnel.